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La loi de 1855 conférait au village de Saint-Eustache un statut municipal officiel. L'année suivante, le 24 juillet 1856, le conseil municipal de la paroisse (rurale) de Saint-Eustache se réunissait pour la première fois sous la présidence du maire Jean-Baptiste Proulx. Village et paroisse se développeront parallèlement jusqu'en 1972 alors qu'il y aura fusion des deux entités. C'est en 1948 que le village obtiendra le statut de "ville".

En dépit d'un très fort taux d'accroissement naturel mais surtout en raison d'une émigration soutenue, la population de Saint-Eustache n'a guère évolué - elle est même demeurée stable - entre 1861 et 1941. Tout au long de cette période, la population du secteur rural a toujours dépassé en nombre celle du village. Ce n'est qu'en 1951 que s'est affirmé démographiquement le village sur la campagne. C'est d'ailleurs à cette époque - en 1948 plus précisément - que l'on parlera de la "ville" et non plus du village.

Pendant cette période, toutefois, campagnards et villageois ont pris les moyens de doter leur milieu des équipements nécessaires à une qualité de vie sans cesse grandissante. Le 6 novembre 1863, le conseil municipal a adopté un règlement concernant "les noms à donner aux différentes rues et les numéros à assigner aux différents lots de la municipalité du village". C'est aussi en 1863 que sont arrivés les Clercs de Saint-Viateur, en remplacement des Frères de Saint-Joseph, afin de prendre en charge l'instruction des jeunes garçons.

Le vieux cimetière, coincé entre l'église et le couvent, s'avérant trop exigu, le curé Guyon, au nom de la Fabrique, fit l'acquisition, de la succession de William-Henry Scott, d'un vaste terrain alors connu comme "la pointe à Marguerite". Depuis 1866, c'est toujours dans ce même lieu, a coeur du vieux village, que reposent bien des générations de paroissiens.

À compter du 26 juin 1882, Saint-Eustache fut relié à Montréal par chemin de fer. Un tronçon du Canadien Pacifique construit entre Saint-Eustache et Sainte-Thérèse permettait aux marchands de Saint-Eustache de recevoir régulièrement leurs marchandises de la grande ville et aux agriculteurs d'y acheminer leurs produits laitiers. Il devenait possible d'aller travailler à Montréal quotidiennement. C'est même par ce chemin de fer que les pompiers de Montréal viendront à Saint-Eustache, le 17 avril 1910, afin d'y combattre l'incendie qui rasa la plus grande partie du haut du village. Construit à l'initiative de Charles-Auguste-Maximillien Globensky, avec l'aide d'hommes d'affaires locaux, dont le marchand Daniel-Adolphe Plessis-Bélair et l'avocat député Charles-L. Champagne, ce chemin de fer cessera ses activités le 27 avril 1940.

Les premières séances du conseil municipal du village avaient lieu, en 1848 et 1849, dans une résidence appartenant à l'aubergiste Louis Charbonneau. En ce lieu, se dresse aujourd'hui la maison Corriveau. Il a fallu attendre plus d'un demi-siècle pour que Saint-Eustache se donne son premier hôtel de ville. C'est à partir de 1905 que les séances du conseil eurent lieu dans un édifice conçu à cette fin. Bâti sur le site actuel de la Maison du citoyen, rue Saint-Eustache, l'hôtel de ville de l'époque fut utilisé jusqu'en 1961. La première Caisse populaire installée à Saint-Eustache y avait aussi ses locaux. Une grande salle publique occupait l'étage supérieur et servait à différentes manifestations.

Même si l'Orchestre symphonique de Montréal a porté à l'échelle de la planète les qualités acoustiques de l'église de Saint-Eustache, c'est surtout en raison des événements tragiques qui s'y sont déroulés en 1837 que ce précieux monument historique est si bien connu à travers le Québec. C'est au curé Herménégilde Cousineau que l'on doit son visage actuel. C'est lui qui, en 1906, en a modifié l'allure, lui donnant deux nouveaux clochers et de nouvelles dimensions. En portant les longs pans dans le prolongement des tours et des transepts, il lui redonnait son plan basilical. Ces modifications, ajoutées à la disparition de la grande place, ont donné à tout l'ensemble institutionnel qui va du presbytère à l'École Notre-Dame, cet aspect qu'on lui connaît aujourd'hui.

Saint-Eustache a bénéficié de l'électricité en 1908 et l'aqueduc, qui s'alimentait à partir de sources sises sur le coteau de la Grande Fresnière, fut construit en 1909. Puis, le 17 avril 1910, un malheureux incendie ravageait tout une partie du haut du village, de l'écurie de M. Magloire Légaré jusqu'aux résidences sises à la croisée des rues de la Forge et Saint-Eustache.

Au cours de son histoire, le territoire de Saint-Eustache a maintes fois été démembré pour donner naissance à des paroisses voisines. Au lendemain de 1837, on avait formé la paroisse de Saint-Augustin à partir des terres de Saint-Eustache, au grand désespoir du curé Paquin. Ce fut encore le cas, le 18 août 1921, alors que fut créée la municipalité de Saint-Eustache-sur-le-Lac. Une première tentative pour former le village de Bélairbourg avait échoué en 1912. L'émergence de cette nouvelle agglomération avait été favorisée par l'arrivée d'un tronçon du chemin de fer en provenance de Montréal. Le recensement de 1931 dénombrait une population de 215 habitants à Saint-Eustache-sur-le-Lac, aujourd'hui Deux-Montagnes.

La commémoration du centenaire de la bataille de Saint-Eustache soulignée avec grandeur à l'automne de 1937 a laissé un souvenir impérissable dans les mémoires. Grâce à une souscription publique, la population du comté de Deux-Montagnes avait élevé, sur le terrain du collège Sacré-Coeur, un monument en hommage au docteur Chénier et à ses compagnons. Ce fut aussi en 1937, le 2 février, que les Moniales Bénédictines prirent possession de leur monastère érigé sur les terres de M. Mathys, dans le grand Saint-Eustache d'alors.

Puis, le 5 juin 1938, au milieu de grandes et belles réjouissances, les Clercs de Saint-Viateur célébraient le 75e anniversaire de leur arrivée à Saint-Eustache. Ils sont encore nombreux ceux de Saint-Eustache et des alentours à leur devoir une bonne part de leur éducation. Les religieux quitteront définitivement Saint-Eustache en 1950 et le vieux collège Sacré-Coeur sera livré au pic des démolisseurs en 1974, tout comme l'avait été l'antique manoir de Bellefeuille au milieu des années 50.

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